Cinquante ans d'histoire

Les origines du SPPMO

Emilien Amaury, l'initiateur

Georges Montaron, le rassembleur

Raymond Lyon, la mémoire d'une profession


Les origines du SPPMO

Histoire du Syndicat de la presse hebdomadaire parisienne (SPHP)


Septembre 1944. La liesse de la Libération de la capitale s'est estompée, les Alliés poursuivent leur avance en direction de Berlin. A Paris, la vie redevient peu à peu plus normale dans la mesure du possible. Les privations et les rationnements concernent encore de nombreux produits, la soudaineté des changements politiques oblige à bouleverser les habitudes.

La France doit reconstruire sa société avec des bases nouvelles, pour oublier, enterrer la parenthèse de quatre années d'occupation et de régime collaborationniste. De nombreuses forces sont prêtes à faire souffler une nouvelle vie. Au premier rang d'entre elles, figurent les mouvements politiques dont les aspirations ont été étouffées au cours de la guerre. Démocrates de toutes sensibilités, chrétiens ou non, gaullistes, communistes, ils ont lutté, milité sur le terrain politique avant la déclaration de guerre et l'armistice de 1940. Ensuite, l'occupation les a rassemblés, en leur donnant une fin commune. Chacun à sa manière, ils ont combattu sous le large drapeau de la Résistance. En 1944, alors qu'ils quittent la clandestinité, ils doivent réapprendre les défis du temps de paix. La lutte des idées retrouve des armes plus conventionnelles : la parole et l’écrit.

La lutte des idées retrouve des armes plus conventionnelles : la parole et l’écrit.

A cet instant, la presse se retrouve au cœur des bouleversements de la société. Pendant quatre ans, elle a perdu sa fonction de théâtre du débat démocratique, parfois parce qu'elle s'est livrée d’elle-même aux excès de la propagande, mais aussi plus simplement, parce qu'elle a subi les pénuries comme l'ensemble du pays. A l'heure de la reconstruction, les moyens d'information et d’expression veulent se reconstituer avec un mot d'ordre : “ plus jamais cela ”, plus jamais une France privée de dialogue.

C'est dans ce contexte que naît le Syndicat de la presse hebdomadaire parisienne. C'est aussi ce contexte qui explique aujourd'hui encore, les grandes idées que le syndicat a défendues durant cinquante ans et que le SPPMO souhaite promouvoir : liberté d'expression, indépendance, droit des lecteurs au pluralisme de la presse, égalité de traitement entre les journaux – on ne parlait pas encore de médias à la libération.

Marqués par l’épreuve qui vient de s'achever, une poignée d'hommes et de femmes s'attelle alors à la reconstitution d'une profession, et même d'une famille de métiers, du journaliste à l'imprimeur en passant par l’éditeur et le réseau de vente. Aussi généreux que vigilant, ce groupe deviend rapidement un interlocuteur de référence pour tout ce qui touche à la publication de journaux. Leur action marquera durablement les structures de l'ensemble de la presse française.

Dans l'effervescence qui suit la libération de Paris, le besoin de s'exprimer suscite un foisonnement de projets de journaux.

L'initiative du rassemblement au sein d'un syndicat est prise alors que les moyens d'information traversent une période chaotique. Dans l'effervescence qui suit la libération de Paris, le besoin de s'exprimer suscite un foisonnement de projets de journaux. Les mouvements qui ont pris part au combat contre l'occupant ont besoin de tribunes pour faire valoir leur point de vue.
En outre, les règles édictées par la direction de la Résistance et le gouvernement provisoire sont claires : la presse doit faire du passé table rase, c'est à dire éliminer les titres qui ont été collaborationnistes. La scène de la presse se vide des journaux qui avaient paru pendant l'occupation. Il faut combler cette carence. Or la presse est privée des moyens d'exister. Elle manque de papier, les rédactions se sont désorganisées, les professionnels ont pris des directions différentes.

Ce dénuement appelle des solutions simples et valables pour l'ensemble des publications. Ce qui suppose une étroite concertation entre des pouvoirs publics renaissants et une structure professionnelle unanimement reconnue.

Représentatives, les sept personnes qui vont fonder le Syndicat de la Presse hebdomadaire parisienne le sont sans ambiguïté.

Représentatives, les sept personnes qui vont fonder le Syndicat de la Presse hebdomadaire parisienne le sont sans ambiguïté. Trois sont catholiques, quatre communistes. Mais si l’idéologie les éloigne, la mémoire des batailles à peine achevées les rassemble. Et surtout, tous ont conscience de l'urgence et de l'ampleur de la tâche à accomplir, pour rendre à la France les journaux dont elle a besoin.

A la tête du groupe, Emilien Amaury est une figure incontestée. Chrétien militant, homme de publicité au service des journaux de sa cause avant la guerre, il a mis son savoir-faire et ses relations à la disposition de toute la Résistance pendant l'occupation avec le “ Groupe de la rue de Lille ”. Officiellement en charge de la promotion de la famille pendant l'occupation, son entreprise a essentiellement servi de couverture à de multiples activités de contre-propagande et de résistance proprement dite.

En septembre 1944, celui que l'on appelle encore Champin a vu son rôle reconnu par le gouvernement provisoire de la République, qui l'a chargé de la Propagande auprès du délégué général à l'Information Pierre-Henri Teitgen. Fin août 1944, dans une capitale en fête, Emilien Amaury fait paraître le premier numéro de Carrefour. Son hebdomadaire accueillera longtemps les grandes signatures de la presse française.

Membre du bureau de la Fédération nationale de la presse clandestine, aux côtés de Francisque Gay et Albert Bayet, Emilien Amaury installe le jeune SPHP dans des locaux situés passage Violet, dans le Xeme arrondissement de Paris – le passage Violet sera rebaptisé rue Gabriel-Laumain peu après –. Il s'agit de l'hôtel particulier ou se réunissaient jadis les propriétaires de quotidiens parisiens, que les tenants de la propagande vichyste viennent d'abandonner. Comme la plupart des organisations patronales de la presse, le Syndicat des hebdomadaires demeurera près de cinquante ans dans ces lieux chargés d'histoire avant d'accompagner la Fédération nationale de la Presse française vers le quartier Saint-Lazare, en 1994.

Les bureaux du SPHP deviennent le lieu de rendez-vous de ceux qui aspirent à la profession d'éditeur.

Pour les responsables du Syndicat de la presse hebdomadaire parisienne, la tâche à accomplir résulte directement des terribles contradictions de l'époque : au moment où des centaines de journaux souhaitent paraître ou reparaître, il s'agit de gérer les pénuries les plus criantes, tout en respectant les grands principes nés dans l'ombre des combats clandestins. Les institutions d'avant-guerre démantelées, les bureaux du SPHP deviennent le lieu de rendez-vous de ceux qui aspirent à la profession d'éditeur. La presse n'est pas encore un marché, c'est une place publique où les opinions réprimées par le régime de Vichy doivent s'exprimer de nouveau, ne serait-ce qu'une fois par semaine. Car si les quotidiens ont pour vocation première l'information, les hebdomadaires eux, sont le vecteur des débats d'idées. Mais pour s'exprimer, les opinions ont besoin de... papier ! La première question à résoudre pour le Syndicat, concerne la répartition de cette denrée particulièrement rare.

Le problème restera longtemps épineux. Comme toutes les matières rationnées, les attributions de papier dépendent des pouvoirs publics et des organisations professionnelles. C'est donc au Syndicat que revient l'énorme tâche de constituer les dossiers de demande de papier pour chaque titre. Rue Gabriel Laumain, les bureaux ressemblent alors à un hall de gare. Des dizaines de candidats à la publication se présentent pour poser toutes sortes de questions qui se résument ainsi : “ comment éditer un journal ? ”. La demi-douzaine de personnes qui compose l'équipe du SPHP s'efforce de répondre à tous.

Les difficultés sont nombreuses. D'abord, la plupart des demandeurs ne sont pas des professionnels de la presse. Issus le plus souvent d'une presse militante, parfois forts de leur expérience dans la publication de tracts clandestins, ils ignorent néanmoins l'essentiel du métier de journaliste ou d'imprimeur. Pour mener à bien leur projet, ils ont besoin non seulement de moyens mais aussi de conseils. Ensuite, le Syndicat lui-même manque d'expérience. Pas encore d'archives, pas de documentation, une législation nouvelle, peu sûre parfois, des décisions administratives trop lentes…

Le SPHP a pour fonction de favoriser les mouvements qui se sont avérés actifs au service de la Résistance.

Enfin, le SPHP a aussi pour fonction de séparer le bon grain de l'ivraie, c'est-à-dire de favoriser les authentiques mouvements qui se sont avérés actifs au service de la Résistance et de bloquer les dossiers de journaux qui ne seraient que la reprise de titres naguère favorables à la collaboration. Pour renforcer les difficultés, le Syndicat voit arriver les dossiers de nouveaux journaux mais aussi ceux des candidats à la reparution. Parmi ceux-ci, figurent des revues dont les colonnes n'ont jamais accueilli le moindre commentaire politique et des journaux spécialisés soi-disant neutres, mais dont les éditoriaux étaient restés ultravichystes pendant les quatre années d'occupation ...

Le problème du papier est tel que l'ensemble des professions de la presse met bientôt sur pied une structure spécifique : la Société professionnelle des papiers de presse (SPPP).

Au quotidien, le Syndicat doit répondre à d'autres requêtes liées aux pénuries.

Au quotidien, le Syndicat doit répondre à d'autres requêtes liées aux pénuries. Il répartit les bons d'essence. Jusqu'à la fin des années 1940, c'est aussi rue Gariel-Laumain que se décide l'autorisation pour une rédaction de se doter d'une voiture de service automobile. La production automobile a été stoppée par la guerre et chaque syndicat professionnel – dans la presse comme dans les autres secteurs de l'économie – compte parmi ses membres un “ répartiteur de voitures ”.

Autre question délicate, l'impression des hebdomadaires, qui découle des relations entre éditeurs et ouvriers des imprimeries. Le problème apparaît moins crucial pour les périodiques que pour les quotidiens réalisés à Paris, soumis depuis la Libération au statut négocié par le Syndicat du Livre. Pourtant, les membres du SPHP supportent un certain nombre de conflits sociaux difficiles. Tel journal doit organiser des expéditions nocturnes pour récupérer les “ plombs ” de l'édition à paraître bloqués dans une imprimerie en grève et les confier à un autre professionnel.
Cependant, les mœurs de la presse restent empreints de confraternité. Des titres retardent voire suspendent leur parution par solidarité avec d'autres journaux qu'une grève aux rotatives empêche de sortir ! Sur un plan général et parce que les moyens de production demeurent rares, le Syndicat intervient afin de préserver le droit des journaux à paraître ; il garantit encore la pérennité des contrats conclus avec les imprimeurs, etc.

Dès ses premiers mois d'existence, le SPHP compte une centaine de membres, tous issus de la Résistance.

Dès ses premiers mois d'existence, le SPHP compte une centaine de membres, tous issus de la Résistance. La première assemblée générale se réunit à l'automne 1944 et élit un bureau de douze personnes. Ces deux femmes et dix hommes représentent toutes les sensibilités de la vie politique et toutes les tendances de la presse qui se forme à nouveau. Journaux d'opinion, journaux d'information, journaux sportifs, journaux féminins, journaux gaullistes, chrétiens, communistes...
On y trouve également l’ancêtre de la presse de télévision : un titre publie les programmes des stations de radio. Première organisation professionnelle des moyens de communication, le Syndicat de la presse hebdomadaire parisienne avait vocation à accueillir les candidatures des publications qui partagent ses grands combats. Par la suite, les structures syndicales et fédérales se spécialisent pour permettre à chaque famille de la presse de faire valoir au–delà de ses préoccupations générales, ses intérêts propres. Initiateur, fondateur et animateur du SPHP, Emilien Amaury en est le premier président. Il conserve ce siège jusqu'à son décès accidentel en 1977. Directeur de Témoignage chrétien, Georges Montaron lui succède alors jusqu’en 1994.

Si la tâche des employés du Syndicat consiste jour après jour à résoudre les mille difficultés quotidiennes des éditeurs, la direction du SPHP a d'abord pour fonction de représenter l'ensemble de la profession au sein des institutions officielles.

Le Syndicat délègue donc régulièrement un on plusieurs de ses membres à la Commission paritaire des publications de presse, à la Commission de la carte d'identité des journalistes, aux conseils d'administration des écoles de journalistes, au Bureau de vérification de la publicité, etc. Et puis, le SPHP participera aux travaux de la Société nationale des entreprises de presse (SNEP).

Créée à la libération, la SNEP a pour mission de recevoir les biens confisqués aux journaux favorables à la collaboration avec l'occupant et à les redistribuer à des équipes issues de la Résistance. Les discussions entre les organisations syndicales de la presse et les pouvoirs publics ainsi que les usages pratiqués au sein même des syndicats, conduisent à l'adoption d'une loi au printemps 1946. Le texte définit notamment de façon précise les “ journaux collaborationnistes ” et les règles juridiques à appliquer aux entreprises qui les exploitaient.

Créer pour la presse d’opinion et d'information un statut et des structures lui offrant durablement les moyens de vivre et de s’épanouir.

Au fil des années, le SPHP maintient évidemment ce rôle institutionnel. Surtout, il s'efforce de faire prévaloir un objectif propre : créer pour la presse d’opinion et d'information un statut et des structures lui offrant durablement les moyens de vivre et de s’épanouir. Le Syndicat en effet estiment que les journaux, quels que soient leur orientation politique, leur courant de pensée, participent à l'éducation des citoyens et au développement du débat démocratique, Il s'agit de faire progresser la conscience du pays afin d’éviter que se reproduisent des atrocités telles que celles que l'on découvre alors.

Le SPHP militera toujours en faveur de solutions globales concernant l'ensemble de la profession.

Instaurer des conditions favorables aux lecteurs, donc aux journaux, cela suppose une intervention sur le terrain économique; les titres sont d’abord des entreprises. Le SPHP militera toujours en faveur de solutions globales concernant l'ensemble de la profession. Il tentera par exemple –sans succès – de susciter la mise en place d'un service d'achats commun aux différents titres pour les fournitures les plus usuelles.
L’un des combats majeurs concerne le papier : la création de la SPPP en 1947 en témoigne. Une autre préoccupation fondamentale vise les conditions de distribution des journaux.
Avant la guerre déjà, les messageries de presse suscitaient certains mécontentements. Au lendemain de l'occupation, les hebdomadaires parisiens souhaitent un système de distribution égalitaire, identique pour tous les titres, indépendamment de leur couleur politique. Les efforts de la profession se concrétisent d'abord avec la naissance des Messageries françaises de presse, union de coopératives appartenant aux organismes professionnels. Faute d'une gestion appropriée, l'expérience tourne court. Les négociations entre les parties prenantes, puis la célèbre loi Bichet en 1947 aboutissent à un nouveau cadre. Il offre aux éditeurs un certain contrôle du réseau de transport et de vente des journaux, tout en leur permettant de profiter du savoir–faire d'un opérateur particulièrement expérimenté – Hachette – pour l'organisation matérielle.

Dès la fin des années 1940, deux conceptions de la presse recommencent à se faire jour.

Afin de garantir les moyens d’expression, le Syndicat de la Presse hebdomadaire parisienne tente également de réguler la concurrence. Il imagine l'instauration d'un prix minimum de vente des journaux en kiosque. L’initiative est rapidement battue en brèche. Car dès la fin des années 1940, deux conceptions de la presse recommencent à se faire jour. Pour certains, la fonction première des journaux consiste à éclairer le jugement des lecteurs ; la presse doit se montrer aussi diverse que les opinions exprimées par les citoyens. Pour d'autres, les titres sont aussi des produits dont il faut assurer le succès, sans se refuser aux pratiques commerciales.

Au SPHP, ce clivage en recoupe un, voire plusieurs autres. Les principaux élus, Emilien Amaury en tête, tiennent par–dessus tout à une représentativité sans faille, à l'image du pluralisme que le lecteur retrouve dans chaque kiosque. Pourtant, certains adhérents acceptent mal le voisinage des responsables de journaux communistes à l'heure où la guerre froide succède à la guerre tout court.

L'opposition donne lieu à une scission en 1949, qui aboutira à la création de la Fédération nationale de la presse hebdomadaire et périodique (FNPHP). Cependant, le SPHP maintient ses positions en faveur du pluralisme et milite toujours pour une véritable union de la profession. Longtemps, la question d'une éventuelle réunification des deux organisations est restée en suspens. “ Sur le terrain ”, le dialogue n’est jamais véritablement rompu entre les deux organisations professionnelles ; des commissions mixtes se saisissent de la plupart des grands problèmes des publications hebdomadaires et périodiques en général.

Par ailleurs, le Syndicat de la Presse hebdomadaire parisienne participe aux travaux de la Fédération nationale de la Presse française, aux côtés des autres familles de journaux.
Depuis toujours, des élus du SPHP siègent au sein des instances fédérales et représentent “ sa ” presse dans plusieurs institutions officielles.

A partir des années 1950, la presse retrouve un développement plus harmonieux.

A partir des années 1950, la presse retrouve un développement plus harmonieux, à l’instar de l’ensemble de la société française. Le SPHP conserve un rôle important. De nombreuses questions se posent encore à beaucoup de publications. Problèmes sociaux, liés par exemple aux conventions collectives des journalistes et des cadres des entreprises de presse, aux décisions salariales, à la création de caisses de retraite, etc. L'un des plus épineux problème est celui des pigistes.
Tandis que les journaux sont confrontés à une série d'embûches à leur propos de la part de la Sécurité sociale ou des diverses administrations, le statut des pigistes s'avère difficile à définir.

Au milieu des années 1950, le Syndicat reste fort d'une centaine d’adhérents dont une vingtaine vendent plus de 100.000 exemplaires et une dizaine plus de 500.000 par numéro. Au cours des années suivantes, surviennent de nouveaux obstacles à cause du contexte politique.
En 1955, les responsables du SPHP protestent contre les saisies administratives de journaux en Algérie. Plus tard, des tirages sont retirés de la vente en métropole. Le Syndicat intervient. La guerre d'Algérie qui déchirent la France n’entame pas l'unité et la solidarité professionnelles au sein des hebdomadaires parisiens. Tout en affichant ses propres options politiques, le président Amaury défend immanquablement les membres de son organisation, quelles que soient leurs positions et les sanctions que celles-ci leur aient valu.

A partir des années 1960, les préoccupations syndicales deviennent plus nettement conditionnées par les enjeux économiques.

A partir des années 1960, les préoccupations syndicales deviennent plus nettement conditionnées par les enjeux économiques des entreprises de presse. Avec l'impression offset et l’apparition de papiers plus luxueux dits “ magazines ”, les journaux se transforment. L'industrie de la communication se trouve bientôt bouleversée à mesure que se développent la radio et la télévision.

D'abord opposé à toute forme de publicité sur le petit écran, le SPHP échafaude une solution acceptable par tous : l'interdiction de la publicité de marques à la télévision ; l'autorisation de la publicité institutionnelle profitant à des professions dans leur ensemble.

Cette option visait certes à préserver le marché publicitaire de la presse. Elle s'appuyait d'abord sur un raisonnement profondément empreint de l'humanisme qui marquait les dirigeants du SPHP. Ceux–ci soulignaient que les écrans publicitaires à la télévision coûtaient cher. Seules quelques marques – les plus riches – y auraient accès. Or cet accès leur permettrait non seulement de faire progresser leurs ventes, mais aussi d'éliminer les concurrents trop faibles pour s'offrir des “ spots ”. Les hebdomadaires dénonçaient ainsi les méfaits d’une concurrence sauvage, qui ne pouvait aboutir qu'à une concentration des entreprises, dangereuse pour l'économie. Pour leur part, les journaux avaient tout à redouter d’une telle évolution : d'une part, la publicité télévisée opérait une ponction immédiate sur les annonces jusque là publiées dans la presse ; d’autre part, les phénomènes de concentration allaient faire disparaître des annonceurs trop pauvres pour “ passer à la télé ”, mais qui pouvaient sans difficulté investir dans les journaux – tout en aidant ceux–ci à vivre. Finalement, ce raisonnement n’est pas suivi par le législateur.

Au cours des années 1970 – déjà –, le SPHP doit encore faire face à la “ crise de la presse ”. Autre combat, celui que le Syndicat mène pour obtenir des conditions favorables de la part des services postaux. Le dossier est d'autant plus crucial que contrairement aux quotidiens, les hebdomadaires d'opinion comptent une proportion importante d'abonnés. Le SPHP noue les premiers contacts avec la Poste dès les années 1950, afin de régler les incidents affectant la distribution de tel ou tel titre. D’année en année, cette coopération s'institutionnalise. Les élus du Syndicat obtiennent que les tarifs soient identiques sur la totalité du pays, le prix du transport demeurant le même pour un abonné qui réside à deux pas de l'imprimerie ou à l’autre bout de la France. En outre, les négociations aboutissent à la définition du principe des “ trois tiers ” : l'Etat prend en charge un tiers du coût du service, la Poste un second tiers et les journaux le dernier.
Là encore, il s'agit d'une “ aide aux lecteurs ”, permettant à ceux–ci de s'informer et d'éclairer leur jugement sans avoir à supporter un coût trop important.

A la fin des années 1970, le SPHP obtient une avancée en matière fiscale.

A la fin des années 1970, le SPHP obtient une avancée en matière fiscale. Le fisc admet d’assimiler les hebdomadaires aux quotidiens ; les magazines bénéficient alors du taux réduit de TVA à 2,10 %, réservé à la presse.

En cinquante années d’existence, le Syndicat de la Presse hebdomadaire parisienne aujourd’hui SPPMO, peut porter un jugement positif sur son action. Il a défendu sa profession en dépit des multiples bouleversements sociaux, politiques et économiques. Et il a maintenu la diversité qui fait sa force depuis les origines.