| Emilien Amaury L'initiateur |
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C'est peu dire que la personnalité d'Emilien Amaury a marqué le Syndicat de la presse hebdomadaire parisienne. Fondateur de l'organisation, il en sera le premier président en date, et il demeurera à ce poste durant 33 ans. Il aura donc été élu 33 fois consécutivement par ses pairs pour les représenter. Le paradoxe est qu'Emilien Amaury ne soit devenu un homme de presse , au sens usuel du terme, qu'à la libération de Paris. Il avait toutefois contribué à nombre de publications pendant l'occupation allemande, en animant le groupe de la rue de Lille .
Issu d'un milieu modeste, Emilien Amaury milite dès sa jeunesse dans les mouvements chrétiens et démocrates, comme jeune république et le Mouvement pour la paix . Il devient rapidement l'un des plus proches collaborateurs de Marc Sangnier, fondateur du Sillon . Et cette orientation sera déterminante pour le reste de sa vie. Elle le conduira notamment à défendre sans concession le maintien du pluralisme des idées, au sein du Syndicat en particulier, mais aussi dans la presse en général. Son service militaire effectué il en sort officier des spahis , il se propose d'aider les journaux dont il est proche, en leur procurant un appoint de ressources publicitaires. Il fonde alors l'Office de publicité générale (OPG), installé rue de Lille, qui assure la régie des annonces de plusieurs titres de la mouvance démocrate-chrétienne. Il parvient même, se souviennent ceux qui ont connu cette époque, à décrocher quelques budgets qui alimentent de façon inespérée les caisses de ces journaux. Mobilisé, l'officier Amaury participe aux combats et y gagne la Croix de guerre. La guerre interrompt brutalement ces activités. Au retour à Paris, la plupart des titres pour lesquels il travaillait suspendent leur parution. Mais Emilien Amaury a acquis un savoirfaire en matière de publicité ; il souhaite le valoriser dans un domaine conforme à ses idées. Ce sera au bénéfice de la famille. L'Office de publicité générale prend en charge la réalisation des campagnes du gouvernement pour la promotion des valeurs familiales. C'est tout au moins la partie visible de ses occupations. Dans le même temps en effet, les locaux de l'OPG abritent un groupe clandestin qui uvre contre l'armée allemande et la propagande collaborationniste. Dès le mois de janvier 1941, Emilien Amaury prend contact avec le lieutenant de vaisseau d'Estienne d'Orves, chargé de mission pour la Résistance, afin de constituer un réseau de renseignements. Il gardera de cette rencontre un souvenir marquant. Plus tard, en 1942 et 1943, le groupe de la rue de Lille entretient des liaisons identiques avec d'autres envoyés de Londres et participe à un certain nombre détudes commandées par les dirigeants de la Résistance. Pourtant, c'est dans les activités liées à la presse et à la propagande que le groupe dirigé par Champin , alias Emilien Amaury, s'avère le plus efficace. De par ses fonctions officielles, l'OPG bénéficiait de privilèges matériels : dans une certaine mesure, il échappe notamment au rationnement du papier et des fournitures nécessaires à l'imprimerie. Il sen servira pour éditer des recueils des discours et appels du général de Gaulle : trois éditions sont imprimées durant l'occupation ce sont les seules réalisées en France . Mais surtout, le groupe utilise ses facilités an profit de la Résistance. La rue de Lille fournit de faux dossiers nécessaires à l'évasion de prisonniers de guerre, des faux papiers d'identité sous couvert desquels des responsables de l'action clandestine peuvent circuler presque librement, mais aussi des laissez-passer, des clichés de cartes d'alimentation, des feuilles de démobilisation, de recensement et même des cachets et timbres officiels ! Sous le manteau, lOPG réalise et tire également des milliers de tracts, de dépliants, daffiches et autres opuscules. L'ensemble de ces services sont rendus à des organisations résistantes telles que le Comité d'action contre la déportation, les Forces françaises de lintérieur, au Comité parisien de la libération, au Front national, etc. Plutôt que de se constituer en un mouvement totalement autonome, le groupe de la rue de Lille se met à la disposition d'autres militants disposant de leurs propres structures. Intervenant de façon régulière ou bien à la demande , en dépannage, il a collaboré à la composition, à la fabrication et à la diffusion d'un grand nombre de publications résistantes comme les Cahiers de l'Organisation civile et militaire (OCM), les rapports du Comité général et du Comité national d'études, les Cahiers et le Courrier du témoignage chrétien, Défense de la France, les Lettres française, etc. Les tirages étaient importants : régulièrement 30 000 à 50 000 exemplaires, parfois même 100 000. Les risques courus étaient d'autant plus grands. Ils se matérialiseront à deux reprises. En octobre 1943, la plupart des membres du groupe sont interpellés, quelques-uns brièvement incarcérés. L'alerte est plus grave au printemps 1944 : la Gestapo perquisitionne à limprimerie de la Démocratie. Un numéro de Défense de la France était alors à la composition. Le personnel et Marc Sangnier, propriétaire du journal, sont arrêtés. L'entreprise est fermée. Quatre personnes sont déportées en Allemagne. En 1944, alors que l'avance des Alliés rend imminentes les perspectives d'une libération de la capitale, l'OPG réalise pour le compte de la Délégation générale à l'information et à la propagande du gouvernement provisoire de la République, une série de maquettes d'affiches à apposer dès la capitulation ennemie. Approuvées par les autorités de la Résistance, quatre de ces affiches sont tirées dès le 25 août 1944 et ornent les murs de Paris en liesse, quelques heures plus tard . Au même moment, Emilien Amaury crée son hebdomadaire Carrefour. Puis il se joint à la Ligue féminine d'action catholique pour fonder Marie-France. C'est le premier journal féminin de laprès-guerre. Il en prendra directement la responsabilité un peu plus tard. Et il se lancera dans la grande aventure du Parisien libéré. Jusquà sa mort accidentelle en 1977, Emilien Amaury contrôlera lui-même chacun des titres de une du quotidien. Fidèle au poste de président du Syndicat de la presse hebdomadaire parisienne, Emilien Amaury a toujours maintenu les mêmes principes. Gaulliste convaincu, il sest battu pour que ses confrères de tous bords puissent poursuivre leur combat en faveur de la liberté dexpression. |
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